Saint-Louis : quand l’engagement s’est éteint, la ville s’est tue

Il y a quelques années encore, l’approche de la fin d’année à Saint-Louis suscitait un engagement collectif fort. Ce n’était pas une option, encore moins un folklore : c’était une responsabilité partagée. La ville se préparait, les quartiers s’organisaient, les acteurs culturels s’activaient et les autorités donnaient l’impulsion. Saint-Louis vivait.

Aujourd’hui, cet engagement s’est éteint. Et avec lui, une grande partie de l’âme de la ville. Décembre arrive désormais dans l’indifférence, sans souffle, sans ambition. On ne parle plus de mobilisation, mais d’habitude. On ne sort plus par envie, mais par lassitude. Et souvent, on ne sort plus du tout.

Pendant ce temps, le Sénégal figure parmi les 20 premières destinations touristiques pour les vacances de Noël, attirant visiteurs et diaspora en quête d’authenticité, de culture et de convivialité. Dans ce contexte, Saint-Louis aurait dû être en première ligne, prête à accueillir le maximum d’hôtes, à valoriser son histoire, son architecture, sa culture et son vivre-ensemble.

Mais la lumière de Noël à Saint-Louis peine à illuminer.

Chaque année, ce sont les mêmes décorations de fin d’année, sans créativité, sans renouvellement, sans inspiration. Aucun récit nouveau, aucune signature artistique, aucune vision capable de surprendre ou d’émouvoir. Une ville d’histoire réduite à la répétition, là où elle devrait être un laboratoire de création.

Il faut le dire clairement : ce recul n’est pas une fatalité, c’est un échec de gouvernance. Une ville ne se dynamise pas toute seule. Quand la mairie ne capitalise pas sur les acquis, n’encourage ni l’innovation ni la participation des artistes, des jeunes et des quartiers, la ville s’éteint lentement.

Le désengagement des populations n’est pas un manque d’amour pour Saint-Louis, mais la conséquence directe d’un vide institutionnel. On ne peut pas demander aux citoyens de s’investir quand aucune vision ne les rassemble, quand la routine remplace l’audace.

Saint-Louis ne manque ni d’histoire, ni de talents, ni de potentiel touristique. Ce qui manque aujourd’hui, c’est le courage de décider, d’innover et d’assumer une ambition à la hauteur de son statut. Une ville lumière ne vit pas de souvenirs, elle se réinvente.

Le silence qui s’installe dans nos rues en décembre est un signal fort. Il traduit une ville qu’on a cessé de penser comme une destination majeure de fin d’année.

Rallumer la lumière : des propositions concrètes pour Saint-Louis

Rallumer la lumière de Noël à Saint-Louis n’exige pas des moyens extraordinaires, mais une vision claire et inclusive. Il est temps de passer de la répétition à la création.

Il est tout aussi essentiel d’impliquer les jeunes dans le choix et la conception des décorations. La créativité vient de la jeunesse, de ses idées, de son audace et de sa maîtrise des nouvelles formes d’expression artistique. Donner aux jeunes un rôle central, à travers des appels à projets, des concours de création ou des ateliers collaboratifs, c’est investir dans des décorations qui leur ressemblent et qui, surtout, leur profitent.

Des décorations pensées par et pour la jeunesse peuvent devenir des espaces d’animation, de rencontre et d’opportunités économiques temporaires, redonnant à décembre son rôle de moteur social et culturel.

Saint-Louis a tout pour redevenir une destination phare de fin d’année. Il suffit de faire confiance à ses talents, de valoriser ses symboles et de replacer l’engagement citoyen au cœur de l’action publique.

La lumière existe encore. Il appartient désormais aux décideurs de la rallumer et à la jeunesse de la faire briller

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